La mauvaise utilisation de ces produits entraîne des irritations
Tous les observateurs s’accordent à admettre que les moustiques pullulent pendant l’hivernage. Et pour se protéger de ces insectes, nos compatriotes ont très souvent recours à des produits répulsifs et diffuseurs électriques, etc. Ils sont conscients des risques encourus avec les moustiques surtout l’anophèle qui transmet le paludisme. Cette pathologie est un fréquent motif de consultation dans les établissements de santé.
La question légitime qui taraude les esprits est de savoir si ces répulsifs sont dangereux pour la santé ? Analyses de spécialistes. Les produits anti-moustiques se vendent actuellement comme de petits pains. Il suffit d’y faire le tour de quelques marchés pour s’en convaincre. Au marché «Dabanani» et dans d’autres endroits de Bamako, les variétés de produits anti-moustiques, notamment les répulsifs cutanés (sprays ou sticks), les appareils d’intérieur (diffuseurs électriques) et des solutions naturelles comme les huiles essentielles.
Le doyen Maïga propose une gamme variée de produits contre les moustiques. Il vend un insecticide en forme de spirale. C’est un encens qui dégage une fumée répulsive pour éloigner les moustiques. Il se frotte les deux mains puisque son marché prospère et explique que c’est la période qui exige de payer les répulsifs. Mais toutes nos tentatives de lui tirer les vers du nez sur ces recettes journalières sont restées vaines.
Dans les marchés et sur les grandes artères de la ville, les vendeurs d’insecticides sont légion. De nombreux détaillants voire de jeunes écoliers (reconvertis revendeurs d’insecticides pendant les grandes vacances) évoluent dans le secteur. Des femmes vendent à la sauvette le long des bitumes. Elles exhibent leurs marchandises dans des tasses. De jeunes garçons portent des sacs qui contiennent des stocks d’insecticides, mais tiennent en main des échantillons de répulsifs.
Abdou Diarra est un jeune écolier de 13 ans. Ses marchandises sont enfouies dans un sac à dos. Il mène une offensive de charme à l’endroit des usagers. Il tend un paquet à tout passant et commente les vertus de son produit. Le jeune marchand ambulant confie volontiers que la saison des pluies est propice à la vente de produits contre les moustiques. Il écoule parfois 7 à 8 paquets entre 9 heures et 15 heures en raison de 500 Fcfa l’unité. Abdou s’approvisionne au Grand marché de Bamako. Il constituait par jour à ses débuts un stock de 30 paquets, soit la moitié du carton. Aujourd’hui, il prend tout un carton à 22.500 Fcfa.
Ali Nanakassé vend aussi des insecticides au marché «Wonida» à Bozola. Lui, il se contente de 15 paquets par jour et révèle s’en tirer à bon compte, parce que sur chaque paquet, il obtient un bénéfice de 100 Fcfa. À Yirimadio au niveau d’une station, de nombreux revendeurs de produits contre les moustiques apostrophent les usagers. Mamadou Traoré figure dans le lot. Ce jeune élève de la 6è année est aussi «agressif».
Il court derrière un véhicule avec un sac noir sur le dos, avant de revenir quelques instants sur ses pas, tout essoufflé. Il explique y être chaque soir pour vendre ses paquets de produits anti-moustiques. «Je peux gagner 5.000 à 7.500 Fcfa par jour», dit celui qui vendait auparavant des sucreries. Selon lui, les anti-moustiques rapportent plus. À quelques encablures des lieux, des jeunes filles, toutes des écolières, proposent aussi les mêmes produits dans des tasses posées sur la tête. Mme Diarra Aminata Traoré a une «pharmacie par terre». La saison oblige, elle s’est reconvertie vendeuse de produits contre les moustiques.
CRISES D’ASTHME SOUVENT MORTELLES- Sur le plan de l’Oto-rhino-laryngologie (ORL), Dr Boubacar Haïdara, praticien à l’Hôpital du Mali, prévient que l’utilisation de produits ’anti-moustiques favorise la rhinite allergique dont les signes sont l’obstruction nasale, des éternuements avec difficulté respiratoire. Le spécialiste de poursuivre que ces produits peuvent également provoquer des crises d’asthme souvent mortelles.
Le médecin généraliste, Dr Ousmane Yaya Touré, va plus loin en disant que ces répulsifs cutanés et diffuseurs peuvent causer des irritations, des allergies ainsi que des troubles du système nerveux ou hormonaux en cas de mauvaise utilisation. Il explique que ces irritations sont cutanées et oculaires. Quant aux sprays, dit le toubib généraliste, il contient du deet (une molécule puissante qui peut altérer le système nerveux en cas de surdosage ou d'exposition prolongée) et des agents chimiques causant parfois des rougeurs, des démangeaisons ou des brûlures en cas de contact direct avec les yeux ou une peau sensible. «L'inhalation de fumées de spirales, d'aérosols ou de diffusions électriques dans des pièces fermées provoque toux et maux de tête», a-t-il averti.
Le praticien du Centre hospitalier-universitaire Gabriel Touré, souligne que ces produits sont très dangereux pour les enfants et les femmes enceintes. Il estime que ces personnes présentent une vulnérabilité accrue face aux huiles essentielles (risque de neurotoxicité) et aux répulsifs chimiques. Pour éviter ces maladies, Dr Touré conseille de bien aérer les pièces après l'utilisation de diffuseurs ou d'insecticides. Il faut aussi respecter les doses et l'âge minimal indiqués sur les lotions cutanées. Mais aussi éviter d'appliquer les sprays sur les mains des jeunes enfants ou sur les zones de peau lésées.
Fatoumata NAPHO
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