Campagne agricole : l’espoir est encore permis

De Kita à Ségou en passant par Koutiala, les producteurs affrontent un déficit pluviométrique et d’autres contraintes de production, mais espèrent une amélioration de la situation, grâce aux pluies annoncées en octobre

Publié jeudi 01 octobre 2026 à 09:42
Campagne agricole : l’espoir est encore permis

Un paysan dans son champ de maïs

 

Dans les champs à travers le pays, les regards sont tournés vers le ciel. Chaque nuage est observé avec attention par les producteurs. De Kita à Ségou, en passant par Koutiala, le constat est presque le même : la campagne agricole 2026-2027 connaît des difficultés inhabituelles. Les pluies ont été rares dans plusieurs localités, les séquences sèches fragilisent les cultures et les producteurs doivent composer avec d’autres contraintes, notamment l’accès aux intrants et aux moyens de production.

Dans plusieurs zones agricoles, l’inquiétude grandit. Les producteurs ne cachent pas leurs préoccupations face à une campagne qui, selon eux, ne ressemble pas aux précédentes. Ils gardent tout de même l’espoir de voir la situation pluviométrique s’améliorer dans les prochains jours. Toute chose qui permettrait de limiter les pertes et de sauver la campagne agricole.

À Madila, dans la Commune Ouest de Kita, Noumou Keïta observe ses parcelles avec une attention particulière. Depuis plus de 40 ans, ce producteur connaît les caprices de la terre et les réalités du monde rural. Sur ses 50 hectares, il cultive plusieurs spéculations : maïs, sorgho, riz, pastèque, arachide, sésame et patate douce. Il pratique également le maraîchage avec le gombo, l’aubergine et le piment.  Mais cette année, son expérience lui permet de mesurer l’ampleur des difficultés. «Je n’ai jamais vécu une campagne agricole comme celle-ci», confie-t-il. Pour lui, le mauvais démarrage de l’hivernage a profondément perturbé le cycle des cultures. «Il y a eu un mauvais démarrage de cette campagne, contrairement à l’année précédente. La pluviométrie n’a pas été suffisamment au rendez-vous. Cela a beaucoup affecté l’évolution des cultures. L’humidité du sol n’est pas suffisante pour assurer une croissance normale», explique-t-il.

Dans ses champs, les conséquences sont visibles. Certaines cultures qui nécessitent une disponibilité régulière en eau accusent un retard dans leur développement. Le producteur estime que les rendements pourraient connaître une baisse par rapport à la précédente campagne. À cette difficulté climatique, s’ajoute la question des intrants agricoles.

Pour les producteurs, disposer d’engrais en quantité suffisante et au moment opportun reste indispensable pour améliorer la productivité. « Le niveau de rendement de toutes les productions agricoles va forcément chuter cette année à cause de ces différents aléas », alerte Noumou Keïta. Il plaide pour un renforcement des appuis aux producteurs, notamment à travers le développement des cultures de contre-saison qui pourraient contribuer à compenser certaines pertes.

À plusieurs centaines de kilomètres de Kita, dans l’Office riz de Ségou, les inquiétudes sont également présentes. À Dioro, Hamidou Kouyaté, producteur de riz, observe une campagne plus difficile que la précédente. Selon lui, les premiers signes d’alerte sont apparus au mois d’août, une période généralement favorable à l’installation des cultures. «Les inquiétudes ont débuté au mois d’août, période où les producteurs étaient censés avoir davantage de pluies. Mais malheureusement, il y a eux un déficit pluviométrique. Et jusqu’à présent, ces inquiétudes persistent dans les champs», témoigne-t-il.

Dans cette zone emblématique de la riziculture malienne, le manque d’eau a eu des effets directs sur certaines exploitations. Des parcelles n’ont pas pu être exploitées normalement et plusieurs travaux agricoles ont été perturbés. « Des champs sont restés sans désherbage à cause du déficit pluviométrique. Cette situation est défavorable à notre zone de production », explique le producteur. Pour lui, améliorer les résultats de la campagne précédente apparaît désormais difficile sans une amélioration rapide des conditions climatiques. Il appelle à renforcer la disponibilité des engrais, faciliter l’accès au carburant et accompagner davantage les exploitants agricoles.

À Gouantiesso, dans le Cercle de M’Pessoba, Région de Koutiala, Lassina Dembélé partage les mêmes préoccupations. Dans cette grande zone de production céréalière, le retard des pluies a fortement perturbé le calendrier agricole. « Au début des semis, nous avions beaucoup d’espoir, mais le retard des pluies et les périodes de sécheresse ont perturbé la croissance des cultures », raconte-t-il.

Le producteur explique qu’à chaque étape de la campagne, les paysans ont attendu une amélioration qui n’est pas toujours arrivée. « Au moment du désherbage, nous pensions que la situation allait s’améliorer, mais cela n’a pas été le cas. Lorsque les cultures ont atteint la phase où elles devaient commencer à produire, les pluies se sont de nouveau arrêtées », déplore-t-il.

Selon lui, le maïs est particulièrement affecté par cette situation. Cette céréale, importante pour l’alimentation et les revenus des familles rurales, risque de connaître une baisse de rendement. Toutefois, il estime que certaines cultures comme le mil et le petit mil conservent encore des possibilités si les conditions météorologiques deviennent plus favorables.

 

OCTOBRE, LE MOIS DECISIF- La météo reste aujourd’hui au cœur des préoccupations. Les prochaines semaines seront déterminantes pour plusieurs exploitations agricoles. Les tendances météorologiques expliquées par Amadou Diakité, chef du service observation et préversion à Mali-Météo,  indiquent que la saison des pluies devrait encore se poursuivre en octobre dans plusieurs zones du Mali, mais avec une diminution progressive de la fréquence et des quantités de précipitations au fil du mois.  Dans le Sud et le Sud-Ouest, notamment dans les zones de Sikasso, Kadiolo, Bougouni et Yanfolila, des épisodes pluvieux restent possibles jusqu’à la deuxième quinzaine d’octobre dans certaines localités. Dans l’Ouest, notamment à Kita et Kayes, des pluies peuvent encore intervenir, avec une fin de saison progressive.

À Bamako et Koulikoro, quelques épisodes pluvio-orageux restent possibles, mais une baisse sensible est attendue après la première décade d’octobre. Dans les zones de Ségou, San et Niono, les pluies pourraient encore être intermittentes avant une tendance à l’arrêt au cours du mois. Plus au Nord, notamment à Tombouctou, Gao, Ménaka et Kidal, la fin de saison est déjà largement engagée.

Cette évolution montre que l’espoir existe encore. Des pluies régulières dans les prochains jours pourraient permettre à certaines cultures encore vigoureuses de poursuivre leur développement. En revanche, des séquences sèches prolongées pourraient compromettre définitivement les rendements dans les parcelles déjà fragilisées.

Au-delà des champs, c’est toute la chaîne alimentaire qui est concernée. Une baisse importante de la production agricole pourrait réduire la disponibilité de certaines denrées et exercer une pression supplémentaire sur les prix des produits alimentaires.

Les producteurs demandent donc des réponses rapides : disponibilité des intrants, accès au carburant, soutien aux cultures de contre-saison et accompagnement des exploitations vulnérables.

A Kita, Dioro et M’Pessoba, Ségou, Dioïla, Sikasso, Koutiala pour ne citer que ces grandes zones de production, les pluies attendues en octobre constituent un réel espoir pour les producteurs et pour tous les Maliens qui subissent déjà une crise multidimentionnelle depuis plus d’une décennie.

Mariam A. TRAORÉ

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