Pour une paix souveraine et pérenne au Soudan

Alors qu’elle entre dans sa quatrième année, la guerre au Soudan demeure la plus grave crise humanitaire au monde : au moins 59.000 personnes y ont perdu la vie et plus de 14 millions d’autres ont été déplacées, tandis que la famine et les violences sexuelles généralisées laissent des millions d’individus dans un besoin vital de nourriture, de médicaments et de soutien psychologique.

Publié mercredi 07 octobre 2026 à 08:17
Pour une paix souveraine et pérenne au Soudan

Le peuple soudanais sait que cette guerre doit prendre fin et qu’elle prendra fin, si Dieu le veut. Mais après l’échec de plus d’une dizaine d’accords de cessez-le-feu parrainés par des acteurs internationaux, l’heure est venue de mettre un terme définitif à ce conflit, afin que les canons ne recommencent pas à tirer dès que le monde détourne le regard. C’est ce que les civils soudanais exigent de moi, en ma qualité de président du Conseil souverain de Transition du Soudan, et ce qu’ils attendent de ceux à qui ils ont confié la conduite du pays : mettre fin à la guerre une fois pour toute et stopper toutes les ingérences extérieures qui ont déchiré notre nation et tiré profit de nos souffrances.

La guerre au Soudan n’est pas un affrontement entre « deux factions », ni une « guerre civile » ; notre État souverain et la milice des Forces de soutien rapide (FSR) ne se situent nullement sur un pied d’égalité, ni sur le plan moral, ni sur le plan juridique. Il s’agit en réalité d’une agression perpétrée contre un État membre des Nations unies par un groupe paramilitaire qui se nourrit de pillages, de meurtres et de nettoyage ethnique. Aucune légitimité ne doit être accordée à la milice des FSR, qui ne saurait être traitée comme un partenaire égal. Ses dirigeants — Mohammed Hamdan Dagalo et ses principaux adjoints — sont ces mêmes chefs qui avaient ordonné aux milices janjawid de violer, terroriser et massacrer les populations non arabes du Darfour au début de ce siècle.

L’année dernière, le siège imposé par la milice à la ville d’El-Fasher, qui a duré près de 30 mois, s’est soldé par un massacre de masse : des quartiers d’habitation ont été anéantis, des familles entières assassinées dans leurs foyers, et des cadavres abandonnés en décomposition dans les rues faute de personnes pour les ensevelir. Avant cet assaut, l’ONU dénombrait plus de 260.000 civils pris au piège dans la ville, dont la moitié étaient des enfants. Depuis la chute d’El-Fasher en octobre 2025, l’ONU a documenté le déplacement de quelque 127.000 personnes de la ville et des villages environnants. Bien que les enquêteurs indépendants n’aient pu accéder à la ville, les analystes en imagerie satellite de l’université Yale ont mis au jour des preuves de l’existence de fosses communes — attestant le ciblage délibéré des civils —, tandis que la mission d’établissement des faits des Nations unies a conclu que ces atrocités portaient les « stigmates d’un génocide ».

Une milice ne peut soutenir seule une guerre d’une telle envergure. Depuis 2024, des centaines de combattants étrangers sont venus grossir les rangs des FSR, recrutés par des filières financées par des entités transnationales opérant à travers plusieurs pays. Cette réalité est largement établie : en juin dernier, le département du Trésor américain a imposé des sanctions contre huit individus et entités liés à ces réseaux. Le mois dernier, des drones ont frappé Khartoum et d’autres métropoles lors des attaques coordonnées les plus vastes depuis des mois, révélant les capacités militaires sophistiquées croissantes rendues possibles par ces ingérences extérieures.

Le gouvernement que je préside est un gouvernement de transition et n’est pas sans défauts, mais nous acceptons les préceptes du droit international et nous nous y soumettons. Contrairement à la milice des FSR, ce gouvernement incarne l’autorité légitime d’un État souverain, membre des Nations unies, redevable devant son peuple. Le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs réaffirmé son attachement à « la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale du Soudan », rejetant catégoriquement l’autorité des FSR sur les zones qu’elles contrôlent. Notre peuple en a parfaitement conscience : là où progressent les FSR, les populations fuient ; là où l’État rétablit son autorité, les citoyens regagnent leurs foyers — près de 4 millions de Soudanais sont ainsi retournés à Khartoum, dans la Gezira et à Sennar après le retrait de la milice.

J’ai soumis au Conseil de sécurité un plan visant à instaurer un cessez-le-feu permanent et à assurer la transition vers une gouvernance associant les civils. Sous la supervision et avec l’appui des Nations unies, les combattants et les armements seront retirés des zones civiles, traçant ainsi une voie claire vers un règlement permettant à l’État de gouverner dans la paix.

À la suite du cessez-le-feu, la responsabilité de la sécurité devra incomber exclusivement à une armée nationale unifiée placée sous contrôle civil, et non à des forces armées parallèles écartelées entre allégeances rivales et bailleurs de fonds. De même, le règlement politique doit impérativement découler d’un dialogue intersoudanais (« soudano-soudanais »), et la prochaine constitution devra être rédigée par des mains soudanaises plutôt qu’élaborée à l’étranger. La tenue d’élections libres et équitables, sous observation internationale, suivie d’une passation pacifique du pouvoir, permettra de restituer pleinement au peuple l’initiative et le pouvoir de décision.

Par conséquent, la paix doit être une œuvre nationale — façonnée par les Soudanais, pour les Soudanais, sur le sol du Soudan. Nous accueillons favorablement les partenariats, et des observateurs crédibles peuvent (et doivent) apporter rigueur et légitimité, mais une paix imposée de l’extérieur ne saurait durer. Les trêves successives se sont effondrées tout au long de cette guerre parce qu’elles avaient été négociées à propos du Soudan, sans le Soudan, et parce que les parrains de ces pourparlers savaient pertinemment qu’ils n’auraient pas à en payer le prix en cas d’échec. Ainsi, chaque « trêve » s’est muée en opportunité pour les FSR et leurs soutiens de réorganiser leurs rangs tandis que le monde détournait à nouveau son attention — une dynamique qui a culminé de façon effroyable dans le massacre d’El-Fasher. Le Soudan a déjà vécu cet engrenage et refuse d’en revivre la répétition.

Au moment où notre gouvernement légitime présente un plan d’action concret, le chef de la milice s’engage à poursuivre les combats pendant 40 ans si nécessaire. La communauté internationale se trouve face à un choix sans équivoque : soit soutenir un règlement fondé sur la souveraineté et le droit, soit céder au piège d’une fausse équivalence en conférant une légitimité aux dirigeants des FSR et en perpétuant ainsi une guerre sans fin.

Alors que s’ouvre cette semaine l’Assemblée générale des Nations unies, j’exhorte la communauté internationale à s’engager sur quatre priorités cardinales :

Appuyer le plan que j’ai soumis au Conseil de sécurité.

Couper les filières de financement et d’approvisionnement qui permettent à la milice des FSR de continuer à massacrer les civils soudanais.

Fournir l’assistance et le soutien nécessaires aux Nations unies pour surveiller tout futur cessez-le-feu.

Laisser le champ libre au processus politique soudanais pour déterminer l’avenir du pays.

Ma demande est simple : ayez confiance en la capacité de notre nation à forger sa propre paix, et mobilisez votre influence pour aider à la pérenniser. On a trop souvent enjoint le Soudan d’accepter des compromis bien indignes de lui, dictés par des conditions taillées pour complaire à de lointaines capitales, et des trêves abusivement qualifiées de paix. Celles et ceux qui ont enduré les atrocités de ce conflit ont acquis le droit inaliénable de définir la paix qui y mettra un terme.

Que ces mots guident tout règlement futur : une paix forgée localement et non imposée de force ; une paix ancrée dans l’État de droit et des institutions solides ; une paix digne des sacrifices consentis par ceux qui ont tout donné pour elle. Telle est la paix que le Soudan est capable d’édifier avec le concours du monde.

ABDEL FATTAH AL-BURHAN

Président du Conseil souverain de Transition du Soudan

Rédaction Lessor

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